Brigitte Barèges condamnée à quitter le pouvoir, coup de tonnerre à Montauban


Le condamnation ce mardi de Brigitte Barèges à une peine de cinq années d’inéligibilité avec effet immédiat va faire son effet dans la cité d’Ingres. La ville est marquée depuis vingt ans par la personnalité de sa maire. C’est une période d’incertitude qui commence.

L’exécution provisoire, c’était l’épée de Damoclès que Brigitte Barèges, maire LR de Montauban, avait au-dessus de la tête en se levant ce mardi matin. Certes il y avait le précédent « local » Patrice Gausserand, le maire de Gaillac, condamné à une peine d’inéligibilité avec effet immédiat en fin d’année dernière. Il y avait aussi le précédent « national » du couple Balkany. Mais franchement personne – pas même ses plus fervents opposants – ne pensait que le tribunal correctionnel de Toulouse irait jusqu’à priver Brigitte Barèges de l’écharpe tricolore qu’elle porte depuis vingt ans.

Dans son délibéré, concernant les faits d’emploi fictif et de détournements de faits examinés, le juge toulousain a été aussi clair que sévère : la prévenue « est très fortement impliquée dans la rédaction des articles, le tout financé par des deniers publics » (ndlr : il lui était reproché d’avoir utilisé un agent municipal pour avoir des articles élogieux dans le Petit Journal), insistant sur le fait que « Brigitte Barèges avait conscience de l’infraction » et que « le détournement de fonds publics commis a trompé les électeurs montalbanais« . 

Moins de huit mois après avoir été réélue pour la quatrième fois maire de la préfecture du Tarn-et-Garonne, Brigitte Barèges doit donc laisser sa place. L’exécution provisoire rend le jugement immédiat, même si l’entourage de Brigitte Barèges annonce sa décision de faire appel. Beaucoup de questions se posent sur l’avenir politique de Montauban.

Un coup d’arrêt dans un carrière politique très riche

C’est une des plus importantes personnalités politique de la région Occitanie qui est touchée. Brigitte Barèges n’était pas seulement maire depuis 20 ans. Elle était aussi conseillère départementale du Tarn-et-Garonne, un département où la vie politique est toujours animée. Elle a été députée UMP de 2002 à 2012, a mené des campagnes régionales dans son département, et elle comptait encore jouer un rôle dans les prochaines départementales et régionales programmées en juin prochain. 

Ce ne sera pas le cas car même si l’appel lui est finalement favorable, il ne sera pas jugé avant plusieurs mois voire plus d’un an. Brigitte Barèges est donc condamnée à quitter la vie politique, au moins provisoirement.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup saluent la décision de la justice française, parfois avec un certain accent revanchard. Il faut dire que Brigitte Barèges a toujours su s’attirer les foudres de ses opposants, plus généralement de la gauche, et parfois même celles de ses amis politiques. Ses positions droitières, par exemple lors de la venue d’Emmanuel Macron lors du Grand Débat National à Souillac, lui ont valu des inimitiés. 

Ce 19 janvier 2018, elle avait sciemment mélangé les sujets d’immigration et de terrorisme, provoquant des huées de l’assemblée des maires. 

En 2011, en plein débat sur le mariage homosexuel, elle avait comparé la démarche à « un mariage avec des animaux »

Plus récemment à Montauban, le soir du premier tour des dernières élections municipales chez nos collègues de France 3elle avait minimisé l’importance de l’épidémie de Covid-19 et expliqué qu’on ne mourrait pas de cette maladie. Des épisodes qui n’ont pas de lien avec l’affaire jugée aujourd’hui mais qui expliquent que la désormais ex-élue de Montauban ne reçoive pas beaucoup de soutiens de la part de la classe politique…

Dans sa ville où elle était largement réélue au deuxième tour en juin dernier avec près de 55% des voix, beaucoup reconnaissent qu’elle a accompli un vrai travail de rénovation.

La carrière politique de Brigitte Barèges, 67 ans, n’est pas forcément terminée mais cette condamnation effective, à cinq ans sans mandat, sonne vraiment comme un coup d’arrêt. 

Et maintenant que va-t-il se passer ?

Avec cette exécution provisoire prononcée par le tribunal correctionnel, Brigitte Barèges n’est officiellement plus maire de Montauban, plus présidente du Grand Montauban, plus conseillère départementale. Il n’y a pas de « préavis ».

Pour la remplacer à la mairie, un conseil municipal devrait être rapidement organisé pour élire un nouveau maire. Il est probable qu’un candidat de son équipe soit désigné, se présente et soit élu par la majorité. Le problème, c’est que Brigitte Barèges incarnait en grande partie le pouvoir à Montauban. Un seul homme semblait vraiment proche d’elle et à-même de lui succéder, Pierre-Antoine Lévi, premier adjoint aux finances. En froid avec elle, il a démissionné peu de temps après les élections. Il est depuis devenu sénateur.

Les noms de Thierry Deville, Marie-Claude Berly et Axel de la Briolle son nouveau premier adjoint, circulent. Mais rien n’est confirmé. 

Possible mais peu probable : une démission du conseil municipal qui provoquerait de nouvelles élections.

Encore plus délicat au Grand Montauban. La moitié des élus sont originaires de Montauban, mais il faudra que le (la) nouveau (elle) maire soit suivi(e) par d’autres maires. Et qu’aucun maire de petite commune n’ait d’ambition pour que le clan Barèges garde la main.

Concernant le conseil départemental, le poste de Brigitte Barèges devrait rester vacant jusqu’aux prochaines élections.

Ce mardi soir, Brigitte Barèges n’a livré aucune réaction à sa condamnation. Elle fait savoir qu’elle le fera demain, via une vidéo et un communiqué sur les réseaux sociaux.

Les Montalbanais interloqués

Dans les rues de Montauban, les habitants qui suivent de loin cette bataille judiciaire qui n’en finissait pas sont surpris de se retrouver soudain sans leur maire emblématique.

source : France bleu

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