Covid-19 : les respirateurs produits dans l’urgence en France pourraient être inadaptés

Selon une enquête de Radio France, la majorité des appareils produits par les entreprises françaises depuis le début de la crise pourraient être inutilisables.

Les respirateurs artificiels fabriqués par la France pour lutter contre la crise du coronavirus seraient-ils inadaptés à la réalité des services de réanimation ? C’est en tout cas ce que suggère une enquête menée par le service investigation de Radio France, publiée ce jeudi.  

Selon nos confrères, les modèles de respirateurs produits dans l’urgence par Air Liquide, PSA, Valeo et Shneider Electric pour ventiler les patients atteints du Covid-19 pourraient s’avérer inadéquats, voire inutilisables.  

Besoin urgent de respirateurs

Pour répondre à l’intensité de la crise du coronavirus, et face au flop provoqué par une grave pénurie de masques, le gouvernement et les entreprises françaises ont dû rapidement réfléchir au meilleur moyen de produire des respirateurs artificiels en nombre suffisant.  

Alors que le ministère de la Santé annonçait, mi-mars, une augmentation de près de 10 000 lits supplémentaires en réanimation, ces appareils sont devenus indispensables. Très vite, Air Liquide Medical Systems, l’unique fabricant français de respirateurs, entre en scène. Il propose au gouvernement d’augmenter sa production du modèle T60, conçu pour le transport des malades, mais qui peut s’adapter aux services de réanimations. 

En pleine vague épidémique, l’État souhaite passer une commande de 10 000 unités. Pour l’aider dans sa production, Air Liquide s’allie alors à PSA, Valeo et Schneider Electric. Le problème ? Le modèle de respirateurs T60 est trop complexe à assembler, indique franceinfo. Air Liquide propose alors de produire en masse un autre modèle, appelé Osiris 3, qui nécessite moins de composants. Au total, 8500 respirateurs Osiris sont lancés, contre 1600 T60.  

« Un risque de tuer le patient en trois jours »

Mais ce modèle pourrait bien être inadapté à la réalité des services de réanimation, indique l’enquête de Radio France. Selon certains médecins interrogés, ce ventilateur, indiqué comme un appareil de transport « léger et simple d’utilisation », ne conviendrait pas à soigner des malades gravement atteints. 

Ce n’est clairement pas, pour être pudique, un respirateur adapté à la prise en charge d’une détresse respiratoire aiguë compliquée », explique à franceinfo Philippe Meyer, médecin-réanimateur à l’hôpital Necker à Paris. « Si vous vous en servez pour un syndrome respiratoire aigu, vous avez un risque de tuer le patient au bout de trois jours. Parce que ce n’est pas fait pour ça », déplore même l’anesthésiste réanimateur Yves Rebufat, du CHU de Nantes.  
Air Liquide, de son côté, indique que ce modèle peut être « adapté en réanimation moyennant des procédures (données) aux soignants », précisant que le National Health Service, le système de santé britannique, a validé ce modèle pour traiter les patients Covid. Le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et responsable du projet, justifie par ailleurs que « se posait la question de produire en un temps record dans un contexte où les chaînes logistiques sont fortement impactées par le ralentissement de l’économie. » 

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