Plainte pour pollution envisagée suite à la présence de tritium dans l’eau potable

La centrale nucleaire de Golfech, au bord de la Garonne. – Alexandre GELEBART/20MINUTES

Après la publication la semaine dernière d’une carte recensant les taux de rejets de tritium, élément radioactif, dans l’eau potable en aval de centrales nucléaires, l’association  Stop Golfech envisage de déposer plainte pour pollution selon la dépêche du midi.

Mercredi dernier, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) dénonçait une «contamination» radioactive au tritium de l’eau potable de 6,4 millions personnes en France. Pour aboutir à ce chiffre, l’association a compilé les données du ministère de la santé avant de les publier sous forme de carte interactive. «Aucune valeur ne dépasse le critère de qualité de 100 Bq/L (Becquerel par litre) instauré par les autorités sanitaires», reconnaît toutefois l’ACRO.

Une carte interactive en ligne

Parmi les communes et agglomérations concernées par la présence de tritium dans leur réseau d’eau potable, l’immense majorité se trouve sur la Loire. La carte interactive mise en ligne par l’association révèle que cet isotope de l’hydrogène est également présent dans l’eau potable des communes d’Agen, Boé, Bon-Encontre, Pont-du-Casse, Lafox et Le Passage. Sur ces communes, 6 mesures ont été réalisées en 2016 et 2017 à l’usine d’eau potable Rouquet pour une moyenne annuelle de 10,4 Bq/l.

Le collectif Stop Golfech doit se réunir la semaine prochaine pour évoquer le dossier. «On envisage de porter déposer une plainte auprès du procureur de la République pour pollution», confie André Crouzet., l’un de ses porte-parole.

«Une dangerosité sous-estimée»

Des résultats corroborés par la centrale EDF de Golfech elle-même dans le dernier numéro de son magazine d’information qui liste les «effluents radioactifs rejetés en Garonne». À la colonne «Tritium», la «valeur cumulée depuis janvier» est de «27 TBq», pour une mesure mensuelle en «mai 2019» de «3,9 TBq» et une «limite annuelle réglementaire» de «80TBq».

Les données publiées par l’ACRO la semaine dernière n’étonnent pas André Crouzet et  «Stop Golpech»: «On sait depuis 2010 et un rapport du CNRS que la dangerosité du tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène, est sous-estimée. Depuis, des études américaines et canadiennes confirment ces doutes sur la dangerosité du tritium qui se fixe sur l’ADN. Aujourd’hui, on est dans le flou concernant le tritium. Le seuil réglementaire de 100 Bq/l, est un seuil d’alerte. C’est-à-dire que lorsque ce seuil est atteint, il déclenche une enquête. Mais le rapport du CNRS, les études américaines et canadiennes, elles,  évoquent un seuil admissible bien inférieur, situé entre 10 et 20 Bq/l.»

«15 Bq/l en moyenne depuis janvier»

«Or», poursuit le militant antinucléaire, «le directeur de la centrale de Golfech évoque dans un reportage de France 3, ce samedi 20 juillet, une «moyenne mensuelle sur les 6 premiers mois de l’année 2019, de 15 Bq/l, ce qui est à peu près 7 fois inférieur à la limite réglementaire». Pour nous, il est inadmissible qu’on puisse trouver ce taux dans l’eau potable de nos communes. Le danger c’est l’accumulation de ces molécules radioactives: lorsqu’on boit de l’eau qui contient du tritium, même à faible dose, ces doses s’accumulent et cela a forcément  des conséquences pour les populations et l’environnement. C’est pour cela qu’on envisage de déposer plainte pour pollution.»

«Le tritium, un lanceur d’alerte»

Pour l’ARCO, à l’origine de la publication des données sanitaires, «la présence régulière dans l’eau du robinet de tritium rejeté par les centrales nucléaires met en évidence un risque de contamination d’autres polluants radioactifs à des niveaux beaucoup plus élevés. 
Le tritium est «un lanceur d’alerte»: en cas d’accident grave sur une des centrales nucléaires sur la Seine, la Vienne, ou la Loire, il n’y aura pas que le tritium rejeté et ce sont des millions de personnes qui risquent d’être privées d’eau potable.»

«Le tribunal comme tribune»

Si André Crouzet et Stop Golefch vont jusqu’au dépôt de plainte, c’est aussi pour mettre le sujet sur la place publique: «Il faudra d’abord que la plainte ne soit pas classée mais si on va au procès, on a coutume de dire que le tribunal est pour nous une tribune. Ça permet d’évoquer le sujet, de faire entendre nos experts. Une idée reçue dit que les Français sont majoritairement favorables au nucléaire. Or tous les sondages disent l’inverse. C’est toujours difficile d’avoir un débat sur ce sujet. Un procès pourrait le permettre.» 

Source la dépêche

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