Une maladie liée au coronavirus chez les enfants ? Des cas relevés en France et des pédiatres en alerte


Alors que le National Health Service a donné l’alerte au Royaume-Uni sur une augmentation de cas d’enfants positifs au Covid-19 et présentant simultanément un syndrome inflammatoire, en France, des médecins s’inquiètent aussi après avoir traité des cas similaires chez des enfants. Des spécialistes lancent un consortium pour mettre en garde et chercher des réponses.

C’est une alerte prise très au sérieux. Ce week-end, le National Health Service (NHS) au Royaume-Uni mettait en garde sur l’augmentation du nombre d’enfants positifs au Covid-19 qui présentent un syndrome inflammatoire proche de la maladie de Kawasaki, une maladie infantile rare qui provoque une inflammation des parois des vaisseaux sanguins.

Selon l’organisation de santé britannique, « les cas ont en commun des caractéristiques de choc toxique et de la maladie de Kawasaki, qui attaque le cœur et le sang ». Des cas suspects avaient aussi été observés en Italie et en Espagne. On sait désormais que des enfants présentant les mêmes symptômes ont été pris en charge dans des hôpitaux parisiens.

« C’est une alerte que nous prenons très au sérieux en France, nous lançons un signal, il faut être vigilants », explique le professeur Alexandre Belot, rhumatologue et pédiatre à l’hôpital femme mère enfant à Lyon. Le docteur Isabelle Kone Paut, professeure de rhumatologie pédiatrique à l’hôpital Kremlin-Bicêtre à Paris, remarque « une accumulation anormale de cas » : « Depuis un mois, on reçoit régulièrement des appels de réanimateurs pour des enfants qui présentent un tableau de myocardite sévère et qui ont en plus des signes de la maladie de Kawasaki, certains d’entre eux ont été testés positifs au Covid-19 ».

Une vingtaine de cas en Ile-de-France

Elle estime qu’aujourd’hui, environ 20 enfants ont des syndromes de ce type en Ile-de-France. « Ce sont des enfants qui ont entre 2 et 10 ans, qui n’ont pas d’antécédent notable, et pas de maladie chronique. Fin février, l’une des patientes âgée de 8 ans est arrivée avec ces symptômes depuis Amiens, une ville particulièrement touchée par l’épidémie, mais à ce moment-là, nous étions au tout début de l’épidémie, elle n’a pas été testée au Covid-19 », note la pédiatre. Le Covid-19 est-il un terrain propice à la maladie de Kawasaki ? Ou alors ces enfants ont-ils des symptômes atypiques propres au Covid-19 ? Il est encore trop tôt pour répondre à ces questions. « Mais on sait d’après des études virologiques que la maladie de Kawasaki peut correspondre à une infection inflammatoire du corps à cause d’un virus », précise le docteur.

Une étude sur un éventuel lien en 2005

Dans la plupart des cas, les enfants présentent des formes graves de la maladie qui nécessitent une prise en charge en réanimation. « Rien ne permet d’établir aujourd’hui un lien entre la maladie de Kawasaki et le Covid-19 mais nous constatons que des enfants testés positifs au Covid-19 développent des symptômes qui correspondent à ceux de la maladie de Kawasaki comme une tension instable et une myocardite pour les formes graves », s’interroge Alexandre Belot, par ailleurs chercheur à l’Inserm.

Pas de lien établi mais les soupçons pèsent. « La maladie de Kawasaki est une maladie inflammatoire dont on ne connaît pas encore la cause, elle pourrait être génétique, mais elle pourrait venir du déclenchement d’une stimulation par un virus », ajoute le pédiatre. Surtout qu’en juin 2005, le professeur Sylvie Pillet, biologiste au Laboratoire Agents infectieux et Hygiène, publiait déjà dans la revue Virologie une étude sur un lien possible entre le HCov NL et la maladie de Kawasaki.

Un excès de réponse immunitaire ?

« Il est possible que les enfants atteints du coronavirus développent une forme de cette maladie mais c’est probablement parce qu’ils ont un terrain propice, peut-être un excès de réponse immunitaire », précise le professeur Alexandre Belot. Quant à la mystérieuse maladie de Kawasaki, elle ne se développe qu’une fois et de façon plutôt saisonnière, en hiver ou en été. Elle se traduit par une fièvre, une éruption cutanée, des rougeurs au niveau de la bouche, des gonflements des ganglions, des mains ou des pieds et les yeux rouges.

Plusieurs spécialistes dont des médecins, des chercheurs, des spécialistes des maladies inflammatoires et des pédiatres ont décidé de se réunir, ce mercredi 29 avril, en « urgence » pour « mettre en garde les pédiatres » et lancer un consortium sur le sujet. 

Article précédentArticle suivant